Un guide de lumière

 

Il est tout là-haut

Perché sur son plateau

Fier et dominateur

Vêtu d’ocre et de ciment

Granit aux reflets d’argent.

Elle se brise à ses pieds

Prosternant son flux

D’écumes crayeuses

Elle chante ses humeurs

En violentes rumeurs.

J’ai suggéré de grimper

En sa toute extrémité

Elle m’a répliqué

Que ma témérité

Allait être mon mausolée.

Je fus le premier de cordée

Alerte, disposé, avec célérité

Je franchissais les degrés

Mais je fus vite haleté

A la centième foulée

Je dus m’arrêter,

Et passa devant, la cordée

Qui elle aussi peinait,

Sauf ma belle dulcinée

Qui effrontément

En sportive, bravement

Se hissa au sommet.

Elle m’attendit point attendrie

Par mon retard déjà prédit.

Un vent avec friponnerie

Caressait sa mise en plis

L’azur la sublimait, rebelle

Pendant que l’optique de Fresnel

Répétait son image à l’infini

Ce fut là que mon calvaire finit

Heureux aussi d’avoir réussi

Ces trois-cent soixante-neuf degrés

Qui ne furent pas mortelle randonnée.

Ainsi fut vaincu dans ma soixante et onzième année

Le phare de Gatteville dont je rêvais.

La belle m’offrit pour me récompenser

Un langoureux et tendre baiser,

Que même bien essoufflé

Je ne suis pas prêt d’oublier.

 

André Daumel

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